Le jardin ; une nature complexe !

Jardin : du concept gallo-romain hortus gardinus signifiant jardin enclos
(du latin hortus, jardin et du bas-francisque gat ou gardo, clôture) 

Premiers signes de civilisation sédentaire apparus en Mésopotamie et en Perse au 3ème millénaire avant J.-C., les jardins, à la frontière entre la nature et la société, sont des espaces hospitaliers, nourriciers, méditatifs. Au cœur d’un grand nombre de mythes et religions, ils sont le chaos transformé en havre dédié au bonheur. 

Jardins bibliques, jardins des simples, jardins persans, inspirant l’Égypte, l’Andalousie, l’Iran et l’Inde, jardins d’Extrême-Orient épurés et délicats, ces lieux sacrés sont dédiés à la nature, au repos, à l’étude. Enclos privilégiés réservés à l’homme, ils permettent d’expérimenter la fragilité de la nature et la puissance de ses éléments.

Ce qui fait le jardin c’est la clôture qui sépare celui qui s’y retire des autres hommes et de la nature. Cette clôture est à franchir si l’on veut atteindre le bonheur !

« Au-delà du bien et du mal, il y a un jardin » Rumi (1207-1273)   

Le jardin est une métaphore des traditions spirituelles et présente une sacralité universelle. Chinois ou japonais, il représente le monde en miniature et invite à une restauration de l’être originel. Mystique, il représente l’intime de l’âme dans les monastères et les jardins clos musulmans.
Jardin d’Eden, jardin du Cantique des cantiques….le jardin concrétise l’idée du paradis spirituel comme aboutissement du salut.
 

Avant sa reprise en hébreu,  le mot « paradis » désignait les parcs … des rois perses du 6e-4e s. av. J.-C., et résumait le rêve de tous : un jardin délicieux où l’on continuerait … la vie charmante que l’on menait ici-bas. » (Ernest Renan). Condensé miniature de la variété naturelle de l’empire, le « paradis » participait au prestige des rois perses comme nos jardins botaniques et zoologiques participent au prestige scientifique de nos pays modernes.

« Il faut cultiver notre jardin » Voltaire dans Candide

Ecole de sagesse et d’humilité, de persévérance du travail quotidien et de patience à laisser la nature agir, le jardin se prête à la métaphore psychologique du jardin intérieur. Invitant à la paix avec soi-même, il est le lieu de la contemplation, de la cicatrisation des blessures. Lieu réservé à nos pensées, nos sentiments, nos émotions, le jardin secret est lui-même une métaphore du paradis perdu où on trouve refuge pour découvrir ses richesses intérieures et cheminer vers le bonheur.

«Quel plaisir de se promener dans le jardin ! Je fais le tour de l’infini » Xi kang (232-262) 

En Chine, le jardin est le lieu idéal de retraite des lettrés après leur vie publique. Inséparable de la pensée taoïste, le jardin est un modèle réduit de la nature avec ses montagnes et ses rivières, ses falaises et ses lacs, sa permanence et ses saisons. En pleine campagne ou en ville, on peut y vivre en ermite, proche et loin des tracas du monde, dans un espace clos à la mesure de l’homme, puisque créé par lui.  

Le jardin est « la plus petite parcelle du monde et la totalité du monde » Michel Foucault

A la fois microcosme et macrocosme, de tout temps et dans toutes les cultures, le jardin demeure la représentation de la relation entre l’homme, la nature, le cosmos et Dieu par une mise en ordre du monde.

Merci à Claire pour cet article.