Vendredi, j’approfondis ! La pénitence, une joie à découvrir. 3/4 Il était une fois…la pénitence.

Au cours des siècles, en fonction des questions nouvelles posées par l’accueil des pécheurs dans l’Église, la forme de la pénitence a varié. Le sacrement a oscillé entre la dimension communautaire de la foi et l’intime de la relation personnelle à Dieu.

Au commencement

Au début de l’ère chrétienne, le sacrement du baptême est le seul et unique sacrement de pardon des péchés. Reçu généralement à l’âge adulte après une expérience de conversion, il intègre à la communauté. Jusqu’à la fin du 2e siècle, celui qui avait commis un acte très grave, après le baptême, pouvait se réconcilier avec l’Église par l’intervention
de l’évêque. Cette pénitence ne pouvait avoir lieu qu’une seule fois dans la vie.

La pénitence antique

Une question nouvelle se pose avec les persécutions. Si l’on ne participait pas aux sacrifices publics de l’empire, on risquait la prison, l’exil, la confiscation des biens, la torture, la mort.

Si on participait à un sacrifice aux dieux païens, c’était l’exclusion de l’Église. Cela entraîne de nombreuses apostasies.
Une fois la persécution apaisée, que faire avec les apostats, les lapsi (chrétiens qui ont renié leur foi), qui demandent à être réintégrés dans l’Église ?
Entre les rigoristes qui n’envisagent aucune réconciliation et les laxistes qui accueillent sans vraie repentance, certains évêques sont favorables à leur réconciliation moyennant une pénitence appropriée. Une réflexion sur l’organisation du pardon se développe avec St Cyprien évêque de Carthage.

Le pardon, oui, mais il faut prendre conscience de la gravité de la faute par la prière, le jeûne, l’aumône. L’Eglise ancienne était partagée sur cette idée du second pardon. Le baptême serait-il pris encore au sérieux s’il y avait une seconde planche de salut ? Les fidèles persécutés resteraient-ils déterminés si on pouvait se repentir après l’apostasie ? Ce pardon facilement donné serait-il occasion de chute pour d’autres ? Comment serait- il jugé par les païens ou par les Eglises intransigeantes ?
Les évêques prennent conscience que la pénitence mène à la guérison spirituelle. Elle apparaît comme un véritable second baptême. Apportant la joie de la rémission des péchés et la rénovation intérieure, elle réintègre dans la communauté. Elle ne peut être offerte qu’une fois.

La pénitence canonique du 4ème au 6ème siècle

Avec l’empereur Constantin et l’édit de Milan en 314, les persécutions prennent fin.

Désormais le culte chrétien est public et la communauté s’agrandit.
Saint Augustin définit trois sortes de pénitence : celle qui prépare au baptême, celle qui, par l’aumône, le jeûne et la prière, expie les péchés quotidiens commis par faiblesse ou imprudence et enfin, la pénitence canonique non réitérable pour les péchés graves commis contre le Décalogue ou par malice.
La pénitence canonique revêt deux aspects, personnel et communautaire.
Lors d’une cérémonie publique, le coupable est reçu dans l’ordre des pénitents par l’évêque qui lui impose les mains, lui remet le vêtement pénitentiel et procède à son exclusion liturgique.

Le pénitent occupera une place spécifique dans l’Église et quitte le culte avant la prière eucharistique. L’ordre des pénitents a une place spécifique dans l’Église
ancienne.
La communauté de fidèles est associée à la conversion du pénitent tout au long de la démarche. Par sa prière, elle intercède pour les pécheurs et prie pour ses propres péchés.

Les obligations des pénitents sont lourdes et peuvent conduire à une mort sociale : interdiction de certaines professions – notamment celles de l’armée, des affaires, du clergé – obligation de chasteté ou de remariage pour un veuf.
Au terme du stage pénitentiel, qui dure parfois des années, le pénitent est réconcilié par l’évêque. La réconciliation procure la joie de la rémission des péchés mais ne supprime pas les interdits liés au statut de pénitent.

A partir du 5e siècle, ce système pénitentiel devient inadapté. Ceux qui ont commis de grandes fautes diffèrent de plus en plus l’entrée dans une démarche de conversion aux obligations trop sévères et trop longues dont on exclut les jeunes et les gens mariés.
Césaire, évêque d’Arles, prend alors l’option pastorale de préparer tout le monde à la réconciliation à l’article de la mort. Les fidèles sont invités à faire pénitence pour qu’en cas de mort subite, sans réconciliation sacramentelle, ils puissent être sauvés. Ce choix aura des conséquences sur l’eucharistie. Les prêtres, qui ne sont pas admis à la pénitence publique, célèbrent en état de péché et des prières pénitentielles envahissent la célébration de l’eucharistie. Pour éviter le scandale, les évêques empêchent les grands pécheurs de communier. Les fidèles qui communient doivent faire pénitence et regretter leurs fautes, mais ils n’obtiennent pas la réconciliation sacramentelle.
Ne pouvant obtenir le pardon, nombreux sont ceux qui ne communient plus. Au point que le concile d’Agde impose de communier au moins trois fois par an.
L’exigence est telle qu’il n’est pratiquement plus possible de se réconcilier avec Dieu et avec la communauté. Beaucoup attendent leur lit de mort pour demander le baptême qui effacera, de toute façon, les péchés.
C’est la faillite du système de la pénitence antique.

Au 7ème siècle, la pénitence tarifée

Le baptême des petits enfants est désormais courant, le risque de péchés graves augmente. La pénitence unique n’est plus adaptée aux besoins des fidèles. En Irlande, des moines missionnaires inventent une pénitence réitérable et tarifée. Ils dressent des
pénitentiels. Ces catalogues aident les prêtres directeurs spirituels, désormais médecins des âmes, à trouver le remède juste. Le temps de la pénitence, essentiellement des jeûnes, est réglé sur le statut religieux de la personne et la nature de la faute. Se crée une hiérarchie des états de vie, de la gravité des fautes : les exigences face à Dieu ne sont plus les mêmes pour tous.
La pénitence est devenue l’outil nécessaire du salut et non plus l’exception.

Dès le 13ème siècle, le rôle du confesseur

De réforme en évolution, on aboutit au système de la confession individuelle. En 1215, le 4e concile du Latran fixera la discipline – toujours en vigueur – de la confession annuelle pour Pâques.

Les pastorales nouvelles déployées par les ordres prêcheurs développent une piété plus humaine, où l’homme progresse par la pratique de conseils évangéliques et répare ses erreurs dans la confession de ses fautes à un père spirituel. Cette pratique privée n’exige pas de réalisation publique avant de recevoir la réconciliation avec l’Eglise. Elle prévoit la réitération et ouvre le chemin à une fréquentation régulière de ce sacrement. Elle intègre dans une seule célébration sacramentelle le pardon des péchés graves et véniels. C’est dans les grandes lignes cette forme de pénitence que l’Eglise pratique aujourd’hui.
Le Concile de Trente en 1536, tout à sa lutte contre la réforme protestante, défendra le sacrement de pénitence dont la pastorale individuelle sortira renforcée.

Merci à Claire pour cet article et à vendredi prochain pour la suite…

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