Vendredi, j’approfondis ! La pénitence, une joie à découvrir. 1/4 Carême et pénitence

Claire Le Chatelier nous propose une version en 4 articles de son enseignement de carême. « La pénitence une joie à découvrir ! » Découvrez dans cette série hebdomadaire du vendredi 12 mars au vendredi 2 avril comment la pénitence s’inscrit dans le carême, en quoi elle agit en chacun de nous et transforme l’Eglise tout entière, de quelle manière elle a évolué au cours de l’histoire , des premiers temps de l’Eglise à aujourd’hui.

1/ CAREME ET PENITENCE

Le mercredi des Cendres, cette année le 17 février, ouvre le temps du carême.
Quarante jours pour préparer nos coeurs au moment essentiel de la vie chrétienne : la mort et la résurrection de Jésus, l’évènement pascal.
Le Carême évoque à notre esprit les privations, le souci des plus pauvres.
C’est vrai mais cela reste de l’ordre du « faire » et non pas de « l’être». Nous oublions le sens premier du carême: l’ultime préparation au baptême des catéchumènes.
Nous avons chacun et tous ensemble à reprendre cet itinéraire de conversion baptismal.

 A l’origine du mot carême…

Le mot carême vient du latin Quadragesima : quarantième (jour) avant Pâques.
40 jours évoque le passage de Jésus au désert victorieux des tentations, et les 40 ans d’exode des hébreux avant leur arrivée en Canaan.
40 jours d’une attente couronnée par la joie de Pâques, la victoire définitive de Jésus-Christ sur la mort et sur le péché.
40 jours de désert, lieu de dépouillement, de solitude, d’épreuve et de rencontre avec Dieu.
40 jours pour se préparer, se convertir, se purifier pour entrer dans le salut de Pâques.
 
Le carême s’est constitué au cours des siècles, articulé autour de la préparation des catéchumènes au baptême la nuit de Pâques et de la réconciliation des pêcheurs le jeudi saint. On demandait aux fidèles de toute l’Eglise de faire preuve de solidarité et compassion en priant et en jeûnant avec eux et pour eux.
Puis la généralisation du baptême des petits enfants a mis à l’arrière plan le catéchuménat. La pénitence publique tombant en désuétude, le carême est devenu essentiellement un temps de pénitence privée pour tous.

Les trois piliers du carême

La pratique du carême s’appuie sur les trois vertus théologales. La Foi – par la prière – nous tourne vers Dieu, l’Espérance – par le jeûne – nous amène à la conversion personnelle, et la Charité -par l’aumône – nous oriente vers l’autre.
Précisons que le jeûne est une obligation fixée par l’Église Catholique. Cette ascèse n’est pas une fin en soi. Elle trouve son sens dans un renforcement de la Foi et la rencontre avec Dieu dans la prière. Ce n’est pas une mortification de la chair. Il s’agit de se priver du superflu afin de se consacrer aux autres par la Charité et par l’aumône.
Par le jeûne, on n’obtient pas seulement un bienfait personnel de la conversion du cœur. Il s’intègre dans la dimension communautaire de l’Eglise. C’est l’ensemble des efforts des fidèles qui agit sur la conversion de toute l’Eglise.

Les deux dimensions du carême

La constitution sur la sainte liturgie précise le double caractère du carême : par la préparation du baptême et par la pénitence, il invite les fidèles à écouter la Parole de Dieu et à prier pour mieux célébrer le mystère pascal.

Le carême liturgique 

Le carême est le temps liturgique privilégié de préparation au baptême pour les catéchumènes qui seront baptisés au cours de la veillée pascale.
Il dure 43 jours du mercredi des Cendres jusqu’à la célébration du jeudi saint exclue et comprend les dimanches. Il est suivi par le triduum pascal qui commence à la célébration du jeudi saint et finit au soir du dimanche de Pâques.
Durant ce temps, la liturgie peut faire ressortir les éléments baptismaux. Même s’il n’y a pas de catéchumène dans la paroisse, l’itinéraire catéchuménal peut être repris pour tous :  nous sommes baptisés mais nous avons toujours à devenir chrétiens.
Les lectures du dimanche nous soutiennent dans cette démarche.
Le 1er et 2ème dimanche de carême, on lit le récit du baptême et de la transfiguration de Jésus. Le premier dimanche est celui de l’appel décisif des catéchumènes.
Puis, le catéchumène va vivre les rites pour être fortifié dans le Seigneur : les scrutins (origine : fouiller, faire sortir) sont les appels à suivre le Christ à travers le combat spirituel, les résistances à la conversion. Les scrutins s’appuient sur trois évangiles, les évangiles de l’initiation chrétienne : la samaritaine, De la soif à la source, l’aveugle-né, des ténèbres à la lumière, la résurrection de Lazare, de la mort à la vie, qui vont être lus les 3ème, 4ème et 5ème dimanches de carême. Nous sommes invités à suivre ce parcours même si les lectures de l’année B et C sont différentes.
Enfin le dimanche de la Passion, dit des Rameaux, on lit la passion du Christ avant de rentrer dans la semaine sainte.
Pour le catéchumène, viennent ensuite trois rites :
– la redditio , la remise du symbole de la foi qui rappelle que le Credo est fait pour être proclamé et transmis.
Effata dit le célébrant en reprenant le geste de Jésus dans l’évangile parce que le chrétien entend la Parole de Dieu et la proclame.
– L’onction d’huile qui signifie que la force du Christ agit dans la faiblesse et qu’elle triomphe du mal.
– Alors le catéchumène, la nuit de Pâques, peut renaître de l’eau et de l’Esprit .
Et nous mêmes les baptisés, lors de la nuit de Pâques, nous renouvelons solennellement notre profession de foi, et donc les promesses de notre baptême.
Pendant le carême nous avons à nous disposer le cœur pour ce renouvellement : aujourd’hui on dirait volontiers que le carême est un temps donné pour « re-visiter » notre baptême et notre vie sacramentelle.

Le carême de pénitence

Il est pour les baptisés est une période privilégiée de conversion personnelle et de purification.
 
Il dure 40 jours du mercredi des cendres au  samedi saint. Il ne comporte pas les dimanches qui sont des jours de fête, mémorial de la résurrection.
Durant ce temps nous sommes invités à approfondir la catéchèse sur le péché comme offense à Dieu mais aussi dans ses conséquences sociales et ecclésiales.
La pratique de la pénitence est liée au baptême qui est le sacrement fondamental du pardon des péchés. Il est la première pénitence. Mais il n’est célébré qu’une fois. Or, les baptisés que nous sommes connaissent le péché sans cesse et nous avons besoin du sacrement de la réconciliation.
Le concile Vatican II n’a pas supprimé le sacrement de la réconciliation, il a voulu, au contraire, que nous en retrouvions la nécessité et la grandeur parce qu’il renouvelle en nous la grâce du baptême.

En conclusion…

Le temps du Carême est donc un temps de grâce pour redécouvrir la liturgie baptismale et pour la déployer dans nos célébrations pour retrouver le chemin de la réconciliation car ce sacrement est, comme le rappelle le Concile, lié au baptême et à l’eucharistie à laquelle il prépare.
C’est un un temps qui se déploie à la fois dans la dimension communautaire  – l’Eglise prie pour Sa conversion et soutient les catéchumènes sur leur chemin de conversion –  et dans la dimension personnelle de conversion intérieure pour se préparer à Pâques.
Chaque année, le Carême et Pâques sont un pèlerinage à la source baptismale de notre vie chrétienne et une source de purification de l’Eglise universelle, une renaissance.
Merci à Claire pour ce premier article et à vendredi prochain pour la suite…