Tous appelés à vivre la solidarité !

Le carême, un temps pour vivre la solidarité

Le carême est une invitation à se décentrer mais ne doit pas être traversé comme une épreuve individuelle. C’est un temps communautaire, c’est le temps de la réconciliation avec l’Eglise toute entière.

Prière, jeune et partage, trépied au cœur du carême, nourrissent et font grandir la communauté. La prière et le jeûne qui participent à rétablir notre lien avec le Christ et sa Parole, à nous désencombrer, doivent nous conduire à avoir le souci des plus fragiles.

« Le carême est le temps propice pour nous laisser servir par le Christ et apprendre ainsi à servir comme lui. Cela advient lorsque nous écoutons la Parole de Dieu et recevons les sacrements. » Pape François

Pendant ces 40 jours qui mènent à Pâques, nous sommes donc particulièrement appelés à vivre la solidarité, à nous mettre au service de nos frères et sœurs en humanité, au service de la justice, de la paix et du développement.

Quel sens a la solidarité, pour nous, chrétiens ? Qu’en disent les écritures ?

Nous nous savons « êtres de relations », d’abord dépendants de Dieu, puis des autres car nous avons été créés en relation avec les hommes ; en premier lieu, en lien avec notre mère qui nous a enfantés, puis avec notre père et notre famille qui nous ont protégés et éduqués, plus largement avec la société et au-delà avec toute l’humanité. Cette communauté à laquelle nous appartenons, nous en avons tous la responsabilité, nous devons en être solidaires.

« La dignité humaine ne pourra être protégée et favorisée que sous une forme communautaire, par l’humanité tout entière ». Doctrine sociale de l’Eglise.

A travers les siècles, l’émergence de nombreux mouvements et associations  qui ont organisé la solidarité a pu freiner les démarches informelles et individuelles. Or, chacun doit, dans la mesure de ses talents et de ses disponibilités, contribuer à la solidarité. Dans l’Eglise primitive, il faut se souvenir qu’au moment du baptême, le célébrant interrogeait : « est-il allé visiter les pauvres ? » . Le service de la charité est une marque de fabrique pour l’Eglise même si elle n’en a pas le monopole.

Pour nous chrétiens, la solidarité n’est donc pas optionnelle. « Une foi sans les œuvres, c’est-à-dire sans l’amour des frères est une foi morte. » Saint Jacques. Nous devons aimer Dieu et nos frères et « ceux qui prétendent aimer Dieu sans aimer leurs frères sont des menteurs » Saint Jean.

Dans les Ecritures, nous sommes invités, comme les disciples de Jésus, à donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, à accueillir l’étranger car c’est répondre à la demande du Christ : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Saint Mathieu.

Vivre la solidarité : difficultés et ressorts

Ce n’est pas toujours simple de se mettre au service de ses frères. On peut s’épuiser, se décourager, ne plus trouver de sens à son action….Il faut alors se poser la question de ce qui est source de joie et nourriture dans nos engagements. Pour nous y aider, nous pouvons, par exemple, relire notre action à travers trois types d’expérience :

Faire l’expérience de l’ouverture : Nous nous sentons touchés par quelqu’un, par son visage, son histoire. Nous sommes remués par une situation d’injustice ou même nous nous réjouissons de voir aboutir un projet auquel on ne croyait pas…Toutes ces expériences sont aussi celles du Christ qui se laisse toucher. Dans de nombreux passages des Evangiles, il est «  pris aux entrailles », c’est par exemple le cas lorsqu’il voit la veuve dont le fils unique est mort. Cette expérience de l’ouverture du cœur nous rend humains, nous met en chemin pour entrer dans l’Alliance.

Entrer dans l’Alliance : nous vivons des liens forts, qui engagent l’intime de nous-mêmes, qui sont sans condition, vivifiants (ils appellent à la vie) et « pardonnants » (ils supposent que nous acceptons de ne pas être toujours entendus, remerciés, suivis…). Ces liens sont à l’image de l’Alliance de Dieu avec son peuple : Dieu s’engage et quelle que soit la conduite de son peuple, Il ne l’abandonne pas. Cette alliance, que nous vivons avec les plus pauvres, nous « déloge », et nous pousse à revisiter tous nos liens.

Voir ses relations aux autres se transformer  : Lorsque nous nous tournons vers des personnes en grande précarité, nous sommes dans une relation non contractuelle ; nous sommes tout simplement là « parce que ce sont elles ». Cette expérience spirituelle va naturellement bousculer toutes nos relations et nous inciter à nous recentrer sur les personnes plus que sur les contrats qui nous relient à elles. C’est vrai pour chacun de nos cercles, qu’il soit familial, amical ou professionnel…