Mercredi : J’approfondis ! Les Psaumes en 4 articles. Structure et histoire du livre.

Son titre hébreu, Sepher Tehillim, (Le Livre des Louanges) donne à cette collection de 150 poèmes son unité. Dans la Septante – la version grecque du 3ème siècle de la bible hébraïque, le Livre des Louanges porte le nom de Psaltérion ou Psalmoï d’où le titre usuel de Livre des Psaumes.

L’organisation

A l’image du Pentateuque, le Psautier est divisé en cinq parties (1-41 ; 42-72 ; 73-89 ; 90-106 ; 107-150) terminées chacune par une doxologie, c’est-à-dire une formule de bénédiction.

L’emploi de différents noms divins permet de distinguer deux groupes :
– celui où domine le tétragramme sacré YHWH, que l’on ne prononce pas (traduit par SEIGNEUR – en majuscule – dans la TOB et par Yahvé dans le Bible de Jérusalem) et qui est le nom spécifique du Dieu d’Israël (3-41; 90-150)
– et celui où le nom commun Elohim (c’est-à-dire Dieu) est le plus fréquent (42-83).

On remarque aussi des regroupements internes comme les  prières de David, les livrets des fils de Coré (42-49 ; 84-85 ; 87-88), les chants des montées (120-134), les chants du Règne de Dieu (93-99), les poèmes où retentit l’acclamation liturgique Alléluia (le triple Hallel 113-118 ; 136 ; 146-150).

La formation du recueil achevée vers la fin du 3ème siècle avant J.C. a maintenu des doublets, c’est-à-dire deux textes identiques (14=53 ; 57,8-12 + 60,7-14=108), mais a laissé d’autres psaumes en dehors du Psautier (1S2,1-10 ; Dn2,20-23)

Les Ps 1 et 2 servent de préface et la doxologie finale du Ps 150 clôt le livre.

Dans cette diversité, on découvre un certain nombre de genres littéraires classés en trois groupes principaux par les exégètes :

  • les psaumes de louange, qui regroupent des hymnes (8, 104), des chants du règne (92) , des Cantiques de Sion ( 47), des psaumes royaux (2, 144). 
  • les psaumes d’appel au secours, de confiance et de reconnaissance, les trois pouvant être associés dans un même psaume. Le « je » du psalmiste peut représenter une collectivité, quand un prêtre ou un roi parle au nom d’un groupe. Les psaumes qui originalement exprimaient des sentiments individuels devinrent des prières communautaires de la liturgie cultuelle au fil des temps ou lors de leur insertion dans le psautier.
  • les psaumes d’instruction, souvent introduits par le terme maskil – enseigner –  se présentent sous forme de proverbes ou sous forme d’alphabets pour en favoriser la mémorisation (37, 112, 119), de leçons d’histoire (78,105,106), de textes liturgiques (15, 24), d’exhortations prophétiques ou de poèmes de sagesse. 

Psaumes de David ?

Tous les psaumes ne portent pas de titres, et ceux-ci, souvent anciens, n’étaient déjà plus compris des traducteurs grecs lors de l’élaboration de la Septante au 3ème siècle.

La plupart d’entre eux rapportent traditionnellement des auteurs comme Moïse, Asof, les fils de Coré et David. Celui-ci est le plus cité (73 fois). La tradition a fait de lui le grand poète et musicien d’Israël, l’organisateur du culte, le modèle du juste persécuté, la figure du Messie.
Les questions d’authenticité littéraire sont largement débattues par les spécialistes. Les noms de personne peuvent faire référence à un auteur, à un cycle littéraire ou simplement au héros du poème. 

Ces psaumes ont été redits et revécus par de multiples générations de croyants qui les ont adaptés à leur situation et l’utilisation cultuelle les a façonnés à la liturgie du temple. Leur caractère de prière vivante rend difficile la recherche de date d’origine, d’autant que les anciens n’avaient pas notre notion d’auteur et de propriété littéraire. Leur portée spirituelle aujourd’hui n’est pas fonction de leur date et auteur de composition.

Au delà des auteurs, que nous disent les titres des psaumes ?

Certains titres suggèrent la nature des compositions : mizmor (poème accompagné d’instrument à corde), tefilla (prière), tehilla (louange), chant d’amour (45) , maskil et shiggayôn ont été traduits par instruction et confession, mais d’autres indications techniques nous sont inconnues. 

D’autres notices sont d’ordre musical : chef de choeur, flutes, instruments à cordes, cithare. Les psaumes citent aussi un grand nombre d’instruments de musique. Parfois les indications font référence à des airs énigmatiques sur lesquels devaient être exécutés les psaumes : biche de l’aurore (22), ne détruis pas (57 ; 58 ; 59 ; 75), sur les lis (45 ; 69). Certaines restent mystérieuses (9 ; 46 ; 53 ; 56 ; 60 ; 80 ; 88).

Enfin quelques titres font référence à des circonstances liturgiques d’emploi du psaume : pour la dédicace d’une maison, pour le jour du sabbat, pour l’action de grâce, les psaumes des montées pour les pèlerins qui « montaient » à Jérusalem.

Histoire et traductions

A travers son histoire, Israël a toujours récité, médité, chanté les psaumes. Le Targum des Psaumes, traduction et paraphrase en araméen (l’hébreu parlé ayant disparu au profit de l’araméen entre le 8ème et le 6ème siècle avant J.C.), remonte sous sa forme orale à des temps anciens.

Vers le milieu du 2ème siècle avant J.C., le texte hébreu a été traduit à l’intention des juifs hellénisés de la diaspora. C’est la version de la Septante. 

A cette occasion, est apparu un décalage de numérotation des psaumes qui provient du fait que certains psaumes ont été scindés en deux lors de la traduction. (La TOB adopte la numérotation hébraïque, alors que la Bible de Jérusalem adopte la numérotation de la Septante et de la Vulgate)  

Des psaumes se sont enrichis de titres nouveaux : 84 ont été rapportés à David, d’autres à Jérémie, Ezéchiel, Zacharie, Aggée. Malgré ces altérations, cette version apporte la possibilité de restituer un texte plus correct que celui de la Bible hébraïque.

La Septante est restée la version canonique des Eglises de langue grecque et elle est la base des traductions officielles de plusieurs Eglises orientales. 

Dès la fin du 1er siècle de notre ère, le Psautier est traduit en syriaque : c’est la version de la Peshitta . Vers la fin du 2ème siècle, vont apparaître les premières versions latines.

Au 4ème siècle, Saint Jérôme, en s’appuyant sur la Septante et sur ces traductions publie le psautier romain puis le psautier gallican qui fera partie de la Vulgate latine, traduction canonique à l’usage des Eglises de langue latine. Saint Jérôme a aussi établi une traduction des psaumes directement à partir de l’hébreu. 

De tous les livres de l’Ancien testament, le Psautier fut le premier à se répandre en français vers le le 12ème siècle et à partir du 16ème siècle les traductions et paraphrases se multiplieront.
Dans le Nouveau testament les Psaumes sont cités plus de cent fois.  Nous verrons cela mercredi prochain.

Merci à Claire pour ce premier éclairage sur les psaumes et à mercredi prochain pour la suite !

La suite de la série :
Les citations des Psaumes dans le nouveau testament.
Le Christ issu des Psaumes (1ère partie)
Le Christ issu des Psaumes (2ème partie)

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