Eclairage sur le shabbat avec le rabbin Asher Fettmann

Le rabbin Asher Fettmann de la Synagogue Chesed El à Singapour est membre de l’IRO (Organisation inter-religieuse de Singapour). Linguiste en 8 langues, il  a également travaillé en tant que directeur de cabinet du député maire de l’Ile de la Réunion. Installé en Asie depuis plus de 20 ans, il vit depuis 8 ans à Singapour avec sa femme et ses enfants. Il nous parle ici du sens du Shabbat…

 
Shabbat qui revient chaque semaine, et auquel on est habitué, je dirais même malheureusement, car il n’y a rien de pire que l’habitude, révèle finalement dans sa pratique une véritable révolution. 
Rappelons tout d’abord que dans les sociétés modernes comme par exemple en France, ce n’est que depuis plus de 90 ans à peine que l’on parle d’un jour de repos.
 
Pour la Torah, le rythme de 7 est le rythme de la création. Durant six jours D’. a crée le monde, le septième il s’est arrêté. Comme pour nous indiquer, à nous les hommes, un rythme de la vie, six jours d’activité et un jour de retrait.
Shabbat, on s’abstient de créer.  Le Talmud nous l’apprend d’une façon magnifique :
 
La Torah nous dit :  « tu t’arrêteras, toi, ton âne et ton bœuf. « 
La Guemarah demande : « pourquoi l’âne et le bœuf ? »
La Torah répond : « l’âne et le bœuf, que font-ils le Shabbat ? Rien, ils sont inactifs ! »
 
Cela ne veut pas dire que l’on ne fait que dormir, loin de là !
Shabbat, l’homme n’est pas  inactif,
il n’est pas en train de chercher des loisirs pour aller s’amuser. En français le mot s’amuser vient de user son âme, « am-user ».
Le Shabbat, il s’agit de trouver une nouvelle facette de soi, l’âme supplémentaire. C’est comme si chacun d’entre nous contenait deux personnalités : celle que nous connaissons, celle que nous ignorons.
 
Un homme peut se découvrir par ses aspirations sociales, ses réussites économiques, par sa vie familiale qui est sa carte de vie.
Shabbat, l’homme n’a pas cette carte de vie, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est rien. L’homme est autre chose.
L’homme va s’efforcer de se découvrir, de comprendre qu’il est un être nouveau avec une nouvelle approche de la vie, même dans sa propre famille, avec ses amis, ses connaissances, une relation nouvelle sans pression.
 
Aujourd’hui, le mot le plus employé par tous c’est le mot « stress». Le monde moderne pousse l’homme à travailler, à réussir,..
Shabbat, l’homme est son propre moteur,
un moment où l’homme va se cultiver lui-même et trouver une autre dimension du temps qu’il n’a pas dans la semaine.
 
Le temps n’est pas seulement de la durée, mais est aussi un contenu.
Qu’est ce que je mets dans le temps ? Toutes les heures ont 60 minutes.
Shabbat, les heures n’ont pas 60 minutes, elles ont une autre dimension, un autre parfum.
 
On peut lire dans la guemarah qu’un roi non juif voulait savoir ce qu’était le Shabbat. Un maître lui a répondu que c’était  une épice que l’on ne pouvait  pas acheter dans un magasin.
Shabbat donne un autre goût à la vie. 

Prenons un exemple : le Shabbat, on ne prend aucun moyen de locomotion. A l’époque, ni le cheval ou le bœuf, aujourd’hui, ni la voiture, le train, ou l’avion. L’homme reste où il est : non pas dans une immobilité passive mais dans un espace qu’il peut découvrir à pied, en d’autres termes, un monde à son échelle.

Quand nous prenons la voiture, le train, ou même l’avion, nous allons très loin, et nous avons l’impression de découvrir le monde. De nombreuses personnes voyagent pratiquement toutes les semaines ou tous les mois en Chine, aux États Unis, en Europe.
Connaissent-ils ces endroits ? Je ne pense pas ! Ils ne font que passer.
L’homme qui passe ne connaît rien,
L’homme qui reste connaît tout.
Lorsque nous sommes à notre échelle, nous apprenons à découvrir ce qu’il y a autour de nous ! Nous sommes dans un monde dont nous ne pouvons pas nous échapper, nous sommes dans une proximité de nous-mêmes. Le confinement nous aide à comprendre cette idée. Depuis quelques semaines, nous ne pouvons plus quitter notre quartier..Nous marchons autour de chez nous, et soudain, nous découvrons des toits, des maisons, des arbres que nous n’avions jamais vus. Le confinement nous ouvre à la proximité de la beauté.
 
Shabbat, c’est ce monde dont nous ne nous sauvons pas, ce monde dans lequel nous sommes confrontés à nous-mêmes.
Le bonheur n’est pas au bout du monde, mais où nous sommes. 
Bien sûr, cela nécessite de la force. Pour aller chercher ce monde, pour aller le découvrir, pour qu’il soit accessible. Mais cela ne nous coûte rien !
 
Pour mieux comprendre cette idée prenons des exemples du monde de la publicité :
 
  •  Pour vendre, les publicistes qui sont des gens très ingénieux, mettent en scène des choses dont nous rêvons. On va nous parler d’ un parfum, pour les dames on va nous montrer une femme très séduisante, pour les hommes un monsieur très séduisant et on va nous montrer une voiture de sport décapotable avec des sièges en cuir rouge, avec des Ray Ban au nez, et le message sera: « Achetez ce parfum et regardez comme vous êtes beau ».
Les gens regardent et achètent ce parfum, le mettent et s’aperçoivent qu’ils ne sont pas plus beaux qu’avant !
Ils ont peut être pensé, que d’un seul coup, ils allaient subir une chirurgie esthétique, une mutation qui allait faire d’eux la personne séduisante qu’ils ont vue sur la photo.
 
  • Un autre exemple: un agent immobilier nous montre une photo avec une très belle maison, un très beau jardin avec les enfants qui jouent et les parents se tiennent par la main et sont heureux !
Que fait-on ? On va à la banque, on fait un prêt, on s’endette pour 15 ans et on achète la maison. Puis on s’aperçoit qu’il n’y a pas l’air conditionné, que la pelouse n’est pas verte et on va se plaindre. La réponse sera que nous avons acheté 4 murs et c’est tout !
 
Qu’apprenons-nous de tout cela ?
Dans la vie, il y’a 2 choses :
Il y a le « Keli», le contenant, et
Il y a « ohr», la lumière, le contenu 
 
Le Keli – le contenant – va dépendre des autres :  pour vivre nous avons besoin de tels vêtements, de telle voiture, de telle maison, ce n’est que le contenant de la vie !  Cependant, qui apporte la lumière dans la vie ? C’est nous-mêmes. Si l’on confond l’un et l’autre, nous sommes condamnés à construire des contenants qui n’ont pas de contenus.
 
La Torah prend soin de me dire, que par le monde du Shabbat, je me construis moi-même et dans ce monde du Shabbat, je ne dépends plus de personne  pour ce que je dois faire.

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