Mercredi : j’approfondis ! Focus sur le temps ordinaire

Tempus per annum : le temps ordinaire
de Ordinarius : rangé par ordre, lui-même de Ordo : ordre

Une amie se récrie : « Sérieux ? Un article sur le temps ordinaire ?», sous-entendant, l’ordinaire ça n’a pas d’intérêt. Et pourtant …

Normes universelles de l’Année liturgique et du calendrier n° 43 

« En dehors des temps possédant leur caractère propre, il reste dans le cycle de l’année 33 ou 34 semaines où l’on ne célèbre aucun aspect particulier du mystère du Christ. On y commémore plutôt le mystère même du Christ dans sa plénitude, particulièrement le dimanche. Cette période est appelée temps ordinaire » 

  • Ordinaire, signifie ordonné et qualifie les réalités relatives à l’ordo, le groupe dont on fait partie, auquel on appartient. L’ordo liturgique est le calendrier de la prière catholique au service des célébrations et des responsables liturgiques. 
  • Ordinaire signifie aussi habituel, quotidien, en opposition aux fêtes qui sont des réalités extra-ordinaires.  Durant le temps ordinaire on célèbre la liturgie  normale, sans les particularités des temps de l’Avent, Noël, Carême et  temps pascal.
  • On parle aussi de l’Ordinaire de la messe : ce sont les parties invariables, à la différence des particularités dues à tel ou tel temps fort.

Le temps ordinaire comporte deux périodes : du lundi qui suit le dimanche tombant après le 6 janvier, au mardi veille du mercredi des Cendres, puis du lundi qui suit la Pentecôte aux premières vêpres du premier dimanche de l’Avent. 

La couleur canonique des ornements liturgiques est le vert qui évoquerait la croissance de l’Église, grâce à la sève venue de Dieu, l’attente confiante des réalités dernières  ou tout simplement la couleur la plus courante dans la nature.  

D’où vient ce temps ordinaire

Dès le premier siècle, le christianisme ordonne le temps en s’ancrant dans son événement fondateur : Pâques, passage du Christ « de ce monde à son père » qui est le centre de la commémoration du samedi soir au dimanche.  

Ainsi se développe un cycle liturgique hebdomadaire qui se concentre sur la célébration dominicale  de la Pâque. La fête annuelle de Pâques, mémorial de la Résurrection, se mettra en place de façon progressive dans le monde chrétien.  

A partir du 4e siècle, l’année liturgique s’organise  autour des grands mystères de la rédemption : Carême-Pâques-Pentecôte et Avent-Noël-Epiphanie entre lesquels se déroule le temps dit ordinaire, au sens d’habituel (ordinarius), plus familier, plus proche du déroulement quotidien de l’existence. Des célébrations du mystère marial et des commémorations des saints y étant insérées, ce  tempus per annum  n’est pas monotone. 

La réforme conciliaire de Vatican II va lui donner une physionomie propre avec pour pivot la lecture semi continue de la parole de Dieu : évangiles synoptiques, lettres de Paul, lettre aux Hébreux, et passage de l’Ancien Testament permettant de faire le lien entre les deux Alliances. On obtient une harmonie entre le récit  de la vie et de la prédication de Jésus et le déroulement de l’année liturgique. 

La spritualité du temps ordinaire 

La lecture semi continue de l’évangile propose la vie de Jésus, ses paroles, ses enseignements dans son quotidien même. Le fidèle est invité à prendre au sérieux sa vocation de disciple de Jésus, à le suivre dans sa vie de tous les jours et par un engagement moral à participer à la construction du Règne de Dieu.

Les thèmes abordés dans les lectures : renonciation aux richesse, prière, pardon aux frères, paix, liberté, justice, impliquent un engagement personnel et communautaire. Le thème du témoignage ou de la mission chrétienne soutenue par le Saint Esprit entrent aussi dans la liturgie du temps ordinaire. 

C’est d’ailleurs le temps de l’assimilation des dons du Saint Esprit, qui conduit le fidèle à une existence plus consciente. Loin de l’immédiateté, les dimanches du temps ordinaire seront vécus comme un temps d’apaisement, d’approfondissement des richesses de la liturgie, de clarification. Ils permettront la rumination en son cœur de tout ce que les temps forts ont apporté, afin que des fruits spirituels en naissent.

Le mystère de l’Eucharistie et sa liturgie est le véritable trésor du temps ordinaire. La mystagogie va  ouvrir au fidèle la perspective d’un regard nouveau sur le monde. Il va avancer pas à pas en approfondissant sa relation au Christ, en enrichissant sa foi, en augmentant sa charité : en un mot en vivant mieux l’Evangile.

Dans nos perceptions actuelles du temps où tout se montre sous l’aspect du mouvement effervescent, sous la loi du désir d’une vie différente loin des contraintes du temps présent, et par rapport à l’exultation des temps forts de l’Eglise, le temps ordinaire nous permet d’accueillir le présent comme temps de l’inachèvement. C’est le temps de la croissance et de la maturation, le temps de l’Eglise, le temps de l’histoire et de notre vie présente, le moment où peu à peu le mystère du Christ pénètre dans notre réalité historique, jusqu’au sommet où tout culmine : la solennité du Christ, Roi de l’Univers.

Non, le temps ordinaire n’est pas si ordinaire… 

Merci à Claire pour cette contribution. Vous pouvez retrouver les articles du mois de juin ici

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