Mercredi : j’approfondis ! Découvrez l’histoire de l’iconographie de la Trinité

Nous fêterons  la Sainte Trinité dimanche prochain. Elle a été instituée en 1334 par Jean XXII. A cette occasion, découvrez comment l’iconographie de la Trinité s’est développée.

Le dogme de la Trinité établi en 325

Le christianisme se définit comme un monothéisme trinitaire. Il affirme que Dieu est Un en Trois. « La Trinité est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, reconnues comme distinctes dans l’unité d’une seule nature,
ou essence ou substance. »
Le concile de Nicée I, en 325, reconnaît la divinité de Jésus-Christ. Celui de Constantinople I, en 381, celle du Saint-Esprit. Le Symbole dit
« de Nicée-Constantinople», affirme la tri-unité de Dieu, proclamée par la structure ternaire du Credo
.

Du 1er au 12ème siècle, un long chemin jusqu’à l’âge d’or de la représentation de la Trinité

 Il faut attendre le 4ème siècle pour voir émerger les premières représentations trinitaires

  • Le poids du décalogue : « Tu ne te feras aucune image sculptée », (Ex, 20, 4) 

Dans la tradition juive, Dieu est irreprésentable : « Vous ne vous élèverez ni image taillée, ni statue.. » (Lv 26,1). Chez les premiers chrétiens, d’origine juive, cette tradition a perduré jusqu’au 4ème siècle.

  • L’image de la divinité du Christ « Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14,9)

Saint Irénée dit :« Le visible du Père, c’est le Fils ; et l’invisible du Fils, c’est le Père.» Jésus, le Fils, visible par son Incarnation, révèle le Père ( qui ne s’est pas incarné et demeure  invisible). Mais Jésus ne montre pas tout du Père.  A  la Révélation centrée sur le Christ (christocentrisme) correspond logiquement une représentation de Dieu par le Christ (christomorphisme). Des images du Christ représentant Dieu et quelques images trinitaires : la main de Dieu sortant du ciel, le trône vide avec un livre ou un agneau, le triple chrisme ( X et P, A et W) dans une mandorle apparaissent.

Du 4ème au 6ème siècle, il y a un contraste saisissant entre l’effort de verbalisation
sur la Trinité et l’absence d’iconographie.

Au 8ème siècle, la légitimation théologique des images
avec le concile de Nicée II

  Progressivement le culte des images apparaît dans la piété populaire. A partir du 6e siècle, le thème de la Trinité commence à déborder du rituel et de la théologie. En Orient se développe de 730 à 845 une crise des images : les empereurs byzantins interdisent la diffusion et la fabrications d’icônes. Le concile de Nicée II en 787 plaide en faveur du christomorphisme et apporte une légitimité théologique aux icônes : le Christ, la Vierge, les saints, les anges… mais rien n’est dit d’une icône de Dieu ou de la Trinité.

A partir du 9ème siècle, une vraie popularité de la Trinité

Les prières à la Trinité apparaissent au canon de la messe, la fête de la Trinité apparaît au 10ème siècle, l’ordre des Trinitaires est fondé en 1198.  Malgré le décret de Nicée II et ses limitations iconographiques, le dogme trinitaire est beaucoup représenté : images trinitaires tirées de l’Ecriture comme l’hospitalité d ‘Abraham ou le baptême du Christ et images de la Trinité détachées de l’illustration de l’Ecriture.      

A partir du 12ème siècle, l’âge d’or de la représentation de la Trinité.

Le mystère de la  Trinité devient de plus en plus populaire : livres d’heures, dédicaces d’églises, couvents, épitaphes, formules testamentaires, sacralisation du nombre trois et du signe de la croix.
 Les scènes d’histoire sainte vont s’augmenter d’éléments trinitaires forts : le buste du Père au baptême du Christ plutôt que sa seule main.
 Contrairement à l’écriture d’icônes en Orient, les principales images réalisées en Occident l’ont été hors de toute régulation ecclésiale. Certaines ne font pas l’unanimité, certaines seront condamnées, certaines seront légitimées au 18ème siècle.

        Un seul bref du pape, en 1745 sous Benoît XIV,  traitera des représentations :

  • le Père en vieillard (Dn 7,9),
  • Le Fils selon sa vie terrestre relatée dans le Nouveau Testament,
  • L’Esprit en colombe (même en dehors du baptême du Christ), en langue de feu pour Pentecôte,
  • La Trinité peut être anthropomorphe à deux personnages et une colombe,
  • La Trinité peut être anthropomorphe à trois personnages (épisode de Mambré Gn 18, 1-15),
  • Malgré Gn 18, 1-15, on ne peut représenter l’Esprit Saint seul sous la forme humaine.

En Orient, les dispositions seront différentes.

L’iconographie autour de la Trinité

> 5 types iconographiques vont émerger 

♦ Le Trône de grâce : « Approchons nous donc vers le trône de grâce, afin d’obtenir miséricorde » (He 4, 16)
Dieu le Père, siègeant, tient le Christ en croix entre ses genoux. Une colombe prend place dans une position variable. Cette représentation sera très répandue en Occident : sculpture, peinture, mosaïque, bas-relief, vitrail, jamais en Orient.

♦ La Trinité du Psautier : « Siège à ma droite, tes ennemis, j’en ferai l’escabeau de tes pieds. » (Ps 109)
 Le Père et le Fils sont assis côte à côte, la colombe de l’Esprit entre eux.

♦ La Paternité : « Dieu, nul ne l’a jamais vu, mais le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a révélé. » (Jn 1,18)
Le Père siègeant porte l’Emmanuel en son sein.  Les images, peu nombreuses, sont attestées en Occident et en Orient.

♦ La Trinité triandrique : Les trois Personnes divines sous la forme de trois hommes à la physionomie dissemblable ou identique, côte à côte. La plus connue étant la Trinité de Roublev.

Les Trinités tricéphales ou trifaces : Un être humain à trois têtes au dessus d’un tronc unique. Elles seront condamnées en 1628 par Urbain VIII.

 

> Le cas des Vierges ouvrantes

La statue de la Vierge à l’Enfant s’ouvre en triptyque pour dévoiler une Trinité sous forme de Trône de grâce.
Considérant que Marie est Mère de Dieu, mais pas mère des trois personnes de la Trinité, ces vierges seront mises à l’index au Concile de Trente (1536) puis vouées à la destruction par Benoit XIV en 1845.

> La Compassion de Dieu ou Pitié de Notre-Seigneur

Le processus d’humanisation de Dieu dès le 15ème siècle produit des tableaux issus de la verticalité du Trône de grâce. Le Père porte le Christ descendu de croix à la façon d’une Piéta, la colombe de l’Esprit Saint surplombant la scène, avec une variante montrant le Christ de douleurs soutenu par le Père et le Saint-Esprit anthropomorphe.

> Le couronnement de la Vierge par la Trinité

Jusqu’ici seul le Père, le Christ ou les anges couronnaient la Vierge. Désormais ce sera
la Trinité.

> Le triangle au 18ème siècle

Sa forme symbolise Dieu trinitaire. Orné de rais de lumière, entouré de nuages ou de têtes d’anges symbolisant la nuée céleste, il comprend en son centre le Tétragramme : YHWH ou l’œil de la Providence.

A partir du 19ème siècle, le déclin de la représentation  de la Trinité puis le triomphe de la Croix

 Le siècle des Lumières accentue la crise des images de Dieu et de la Trinité. Le Grand Horloger relègue Dieu au niveau des allégories. L’inspiration biblique en peinture s’efface au profit des sujets mondains. La Trinité est déclassée en motif annexe dans les représentations des saints.   

 Seul le Christ, dans sa perception affective ou comme paradigme de la souffrance injuste, continue d’inspirer les artistes.

        Aujourd’hui, aux chrétiens de se réapproprier la Trinité et de la dire avec les outils artistiques de notre siècle. 

Merci à Claire pour cette contribution…Et à la semaine prochaine ! Retrouvez tous les articles du mois de juin ici.

A l’occasion de la fête de la Sainte Trinité,  le Père Patrick propose aux enfants ce coloriage, issu de l’icône de Roublev, c’est ici.

L’icône de la Trinité de Roublev se range parmi les icônes dites de l’hospitalité d’Abraham qui est racontée au livre de la Genèse (ch. 10, v. 1 à 15). Ce récit de la visite de trois anges à Abraham a toujours été interprété comme une annonce anticipée de la Trinité. En effet, ce texte – avec le passage du pluriel au singulier et la mention de trois personnages –  évoque la Trinité de manière discrète. Sur l’icône de Roublev, l’hospitalité d’Abraham est notamment mentionnée par la présence, à l’arrière plan, d’un arbre qui rappelle le chêne de Mambré.

 

 

 

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