Ruah : un mot qui ne manque pas de souffle

Il y a beaucoup à dire sur les diverses notions que recouvrent le mot ruah en hébreu (et pneuma en grec). La traduction par « esprit » en est une parmi d’autres. Dans les lignes qui vont suivre, nous nous limiterons au sens profane du terme. Nous verrons que le mot  ruah – qui apparaît à de nombreuses reprises dans les Ecritures (dans la Genèse, dans les Evangiles, dans les Epitres de Paul…) – évoque parfois le vent, le souffle ou l’Esprit mais toujours Dieu qui est à l’oeuvre.

ruah, le vent

Que ce soit en grec ou en hébreu, le mot désigne à l’origine l’air, l’atmosphère, le vent. C’est un élément essentiel à la vie sur terre. Comme Jésus disait à Nicodème, c’est une réalité invisible et impalpable dont on ne peut percevoir que les effets : le soulèvement de la poussière du sol, le bruissement des branches d’un arbre, les vagues sur l’eau, la violence de la tempête, etc. Selon des images anciennes, on décrit le vent comme le souffle qui sort des narines de Yahweh, qui plane sur les eaux avant la création, qui assèche la mer pour que les Hébreux échappent aux Égyptiens, qui se fait brise légère pour Élie.

  ruah, le souffle

Le mot ruah désigne également la respiration de l’être vivant, son souffle vital qui fait de lui un être animé. Pour les Hébreux, la ruah est principe de vie, tant pour l’homme que pour les animaux. On la retrouve souvent en parallèle avec l’haleine. Rappelons-nous le récit de création d’Adam : Dieu insuffle une haleine de vie dans le tas de poussière qu’il avait modelé et Adam devient un être vivant (Genèse 2, 7). L’être humain vit tant que le souffle de vie est dans ses narines. À la mort, la chair retourne à la poussière tandis que le souffle de vie retourne à Dieu.

ruah, l’esprit

Puisque les émotions, telles la peur, la colère, la joie, ou la fierté, ont une influence sur le rythme de la respiration, on considère que l’esprit est le siège des sentiments et des pensées, tout comme le coeur et l’âme. On dira par exemple que le mélancolique a la ruah pesante. On peut alors affirmer que la ruah est l’expression de la conscience humaine. La formule « remettre son esprit entre les mains de Dieu » signifie non seulement rendre son dernier souffle mais aussi remettre à Dieu son unique richesse, son être même.

Dans le Nouveau Testament, on retrouve le sens de l’esprit comme souffle vital. Mais on y voit une tendance, probablement sous l’influence de la pensée grecque, à lui accorder un sens plus philosophique. L’esprit s’oppose à la chair, il subsiste après la mort. L’esprit devient une façon de désigner l’être même de la personne humaine.

Paul, en parlant de l’Écriture, oppose l’esprit et la lettre. De prime abord, on pense à une opposition entre une lecture littérale des Écritures et une compréhension en profondeur. Mais il faut aller plus loin. Paul songe plutôt à la Loi écrite qui n’est qu’un guide de vie, incapable de sauver en vérité, contrairement à la puissance vivifiante du Christ qui libère et sauve pleinement.

Enfin quand Jean affirme que Dieu est esprit, il désigne moins le caractère immatériel de Dieu que la Vie qui l’habite en plénitude. C’est reconnaître en somme que Dieu n’est pas une créature mais qu’il est le seul Vivant qui n’a pas reçu la vie parce qu’il la possède en lui-même et la partage avec les êtres humains qu’il appelle à devenir ses fils et ses filles.

Source : Yves Guillemette, interbible.org

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