Novembre – Un voile… qui décoiffe !

Quand on suit l’actualité du monde avec toutes ses misères et que l’on connaît l’énergie et la volonté de croître économiquement en Asie, on peut être surpris de voir notre pays dépenser une énergie dans un débat surprenant. Une femme française ou étrangère peut-elle porter ou non un voile sur la tête ?

Si j’ose évoquer cette question, c’est parce qu’il en va aussi de la liberté religieuse dans notre pays. Devant les violences verbales, physiques, il me semble que nous devons, comme pour toutes les questions de société, prendre de la hauteur.

Ayant travaillé sur cette question comme celle des questions alimentaires au fil de mes expériences passées, je vous invite à être attentif de la manière dont nous parlons entre nous de ce sujet, des questions légitimes que nous pouvons avoir.

Pourtant je crois bien que notre pays n’est pas adapté à regarder sereinement les questions religieuses qui surgissent chez nous tellement les idéologies sont fortes.
Mardi 28 octobre la mosquée de Bayonne attaquée par un homme.
Un voile arraché de la tête d’une femme.
De part son histoire et son immigration, la France se trouve aujourd’hui avec des français de confession musulmane. Le voile peut être aussi regardé aussi sous le prisme d’une conséquence de l’immigration.
Et puis souvenons nous : mon arrière-grand-mère portait un fichu sur la tête, beaucoup de religieuses portent un voile.Va-t-on demander aux juifs pieux de ne pas porter la kippa, aux sikhs leur turbans, aux prêtres et religieux leur habit ? Au nom de quoi ? De qui ?
Quels concepts constituent notre Nation aujourd’hui ?

À Singapour, nous vivons actuellement dans un pays qui vit sous une loi du maintien de l’harmonie religieuse (MRHA: Maintenance of Religious Harmony Act). 10 religions officielles et reconnues par l’État se retrouvent régulièrement pour travailler à maintenir le vivre ensemble et l’harmonie religieuse. Et comment ne pas parler de toutes ces femmes musulmanes qui portent ou pas un voile et que nous croisons ?

Qu’en est-il de la France ? Notre pays est régit par la loi de 1905. Elle était destinée à attaquer le catholicisme et non pas une loi du vivre ensemble : séparation des Églises et de l’État.  La république s’est construite face aux catholiques. La laïcité est la séparation de la gestion des choses temporelles et des choses spirituelles.
Or, l’État dans sa manière de gouverner est laïc, mais la société ne l’a jamais été ! Les individus ont le droit d’être religieux ou pas.

La question autour du voile est aussi, entre autres, la place de la question de Dieu ou non dans la société, la question de la liberté religieuse, la vôtre. Car s’il y a bien des courants intégristes dans chacune des religions monothéistes, il existe un un intégrisme laïc très fort et puissant dans notre pays.

Laissez moi aussi vous rappeler qu il y a 4 types de voiles bien différents utilisés dans le monde musulman : le hidjab, le tchador, le niquab et la burqa. Quatre types de voiles et beaucoup de confusion.
Les médias, les hommes politiques et certainement nous aussi, ont tendance dans leurs illustrations et analyses à confondre les différents types de voiles islamiques. Ils ne sont pourtant pas porteur des mêmes symboles :

  • Le hidjab est la forme la plus courante du foulard, porté par les musulmanes partout dans le monde. Il couvre les cheveux, le cou et parfois les épaules ;
  • Le tchador essentiellement porté en Iran est cette grande pièce de tissu souvent noir qui laisse le visage découvert ;
  • Le niquab est ce voile intégral qui cache tout sauf les yeux. Il s est répandu dans les pays du golfe arabo-persique et partout dans le monde sous l’influence de l’islam wahabite ;
  • La burqua est essentiellement portée en Afghanistan. Ce vêtement recouvre tout le corps et dissimule les yeux derrière une grille tissée.

Dans notre civilisation judéo-chrétienne, voir le visage de l’autre est constitutif d’une relation.

Que dit le Coran du voile ?
Le voile est antérieur au Coran: dès les Assyriens (2400 ans avant JC), la femme libre est obligée de porter le voile sous peine de sanctions. Cette pratique se trouve avec divers degrés d’obligation chez les juifs ou les Romains. Le Coran reprend cette pratique et la codifie sans toutefois explicitement préconiser le port du voile. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet (je vous invite à aller voir le verset 31 de la sourate 24 mais aussi verset 599 de la sourate 33).

Or, on se trouve aujourd’hui devant des propositions faites par des politiques qui peuvent questionner. Le souci de vouloir légiférer sur les signes religieux arrive souvent avec une dimension électoraliste.
Face aux tensions que traversent la société française, en particulier dans le contexte actuel, proposer des lois pour interdire les signes ostensibles peut s’avérer contre-productif car il s’agit d’un constat d’échec. Cela revient à reconnaître que nous ne sommes pas capables de vivre ensemble en acceptant les différences des uns et des autres.
De plus, la proposition de légiférer en la matière est le fruit d’une conception de la laïcité selon laquelle la religion doit être cantonnée à la sphère privée. N’est-ce pas une vision réduite de la laïcité qui revient quasiment à une imposition de l’athéisme ?
Quelle place est possible pour la transcendance en France?
Qu est ce qu’une nation ? Quel sens donnons-nous à l’universalisme?

Et pour nous ici, allons-nous prendre le temps de la rencontre, de nous informer, de débattre ?
N’est-ce pas une meilleure manière de … dévoiler ?

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