Edito d’entrée en Carême – D’un cœur de pierre à un cœur de chair

Nous entrons en Carême dans un contexte difficile pour les catholiques du monde entier. Avec les scandales d’abus sexuels au sein de l’Eglise et les nouvelles révélations qui s’ajoutent successivement aux précédentes, ce n’est pas seulement l’institution qui traverse une crise profonde mais notre foi, notre espérance qui sont secouées. Comment garder le cap ? Si nous sommes désabusés, révoltés, sous le choc, comment aborder le Carême ?
Les mots de Jean-Pierre Denis dans son éditorial pour La Vie nous ont fait beaucoup de bien. Nous voulons les partager avec les membres de la CCF de Singapour :

Courage, chrétiens !

L’Église catholique est une institution corrompue. Si cette phrase vous réjouit, c’est de mauvais augure. Vous n’attendez rien de Rome. Tout ce qui peut contribuer à affaiblir son influence vous paraît bon à prendre. Si ma phrase vous choque, en revanche, c’est bon signe. Vous êtes attaché à l’Église. Vous êtes reconnaissant pour le bien qu’elle répand et pour ce qu’elle transmet. Peut-être même avez-vous donné votre vie en répondant à son appel. Alors que vous l’aimeriez parfaite, la crise actuelle vous oblige à sortir de l’idéalisation infantile. Vous découvrez une institution faite de chair, de grandeur et d’ombres. Vous voici déstabilisés, dégrisés, désillusionnés. C’est pénible. Et c’est bien.

Certes, pour nous tous, pauvres brebis, c’est un choc, de l’incrédulité, de la colère, tant la descente semble sans fin et sans fond. Mais tout ce qui peut nous faire passer du papisme et du cléricalisme au christianisme est salutaire. Tout ce qui peut faire sauter le vernis de l’hypocrisie et les dorures de l’idolâtrie mérite nos « amen ». Que les attaques soient malveillantes ne change rien : un chrétien ne doit pas avoir peur de la vérité, qui rend libre. « Notre rapport avec le vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou ce n’est pas au vrai que nous allons. Mais le comble de la difficulté est que, si le vrai n’est pas une idole, les autres, à leur tour, ne sont pas des dieux », écrivait Merleau-Ponty.

« Pour nous tous, pauvres brebis, c’est un choc (…)  mais tout ce qui peut nous faire passer du papisme et du cléricalisme au christianisme est salutaire. (…) un chrétien ne doit pas avoir peur de la vérité, qui rend libre. »

Il faut donc accueillir positivement les critiques, sans se prendre dans le filet de la manipulation. De même, que l’Église soit plus médiatiquement bombardée que d’autres institutions ne l’exonère en rien. Un chrétien doit savoir que la corruption du meilleur engendre le pire. L’Église devrait même remercier ses ennemis. D’abord parce que, grâce à eux, elle fera moins la morale. Ensuite parce que, sans y être forcée, une institution ne change jamais. La preuve, la nôtre a mis des décennies à écouter et à respecter les victimes, pourtant toutes issues de ses rangs et croyants sincères.

Pour nous guérir du mal actuel, diagnostiqué depuis déjà 20 ans, il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises. L’histoire nous invite à la sérénité, l’expérience, à la patience et la foi, à l’espérance. Au fil des siècles, des voix fortes se sont toujours élevées pour forcer à la réforme. Pour faire vite, citons Bernard de Clairvaux au XIIe siècle, Catherine de Sienne au XIVe, Martin Luther au XVIe, sans parler de Molière et son Tartuffe au XVIIe… Car cela se passe et se passera toujours comme ça, de déclin en réveil, de profiteurs en prophètes, de salauds en sursauts. Des batailles sont remportées, mais la guerre n’est jamais finie. Elle ne peut l’être. Tant qu’il y aura des hommes, il y aura de la tentation, de la trahison et du péché. Mais sur le fumier naissent les saints.
Il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises.

« Il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises. »

Alors, oui, courage, chrétiens ! J’écris « courage, chrétiens ! » et non « courage, catholiques ! », car l’Église romaine n’a malheureusement pas l’exclusivité de la honte. Courage car, lorsqu’on passe du déni au soin, on est déjà en progrès. Courage, parce que l’Église que nous aimons demeure, celle des petits curés, celle des milliers de religieuses, de moines et d’évêques, celle de centaines de millions de fidèles qui font du mieux qu’ils peuvent. Courage, parce que l’Église, c’est l’institution qui lutte contre les cleptocrates d’Afrique, qui accueille les prostituées, les migrants et les gens de la rue, qui vit de l’Évangile et qui transmet la foi, qui bénit les vivants et qui accompagne les mourants. Courage, enfin et surtout, parce que Pierre restera Pierre. Et sur cette pierre, les portes de l’enfer ne prévaudront pas.

Jean-Pierre Denis,
directeur de la rédaction de La Vie

Article publié le 19/02/2019 sur lavie.fr

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