«Parle Seigneur, ton serviteur écoute»(1S3,9)

Pour cette deuxième chronique, Claire nous invite à questionner notre attitude lorsque nous entendons l’appel du Seigneur et le type de posture qu’Il attend de nous. 

 

«Parle Seigneur, ton serviteur écoute» (1S3,9)

            C’est ainsi qu’Eli enseigne au petit Samuel ce qu’il devra répondre lorsque Dieu l’appellera. Comme beaucoup de personnages de la bible, nous sommes appelés par Dieu. Et de notre réponse découle notre élection. En effet,il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus(Mt22,14) : beaucoup sont appelés à entrer en alliance avec Dieu, mais peu s’en montrent dignes et réalisent vraiment l’invitation qui leur est faite.  

            Dieu invite, Dieu appelle.

            Il invite à se mettre en route : Abraham. « Le Seigneur dit à Abraham : pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Abraham partit comme le Seigneur le lui avait dit. » (Ge 12, 1-4)

            Il fait passer de l’esclavage à la liberté: Moïse « Dieu appela Moïse du milieu du buisson : je suis le Dieu de ton père, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je connais ses souffrances. Je suis avec toi et je t’envoie vers Pharaon.» (Ex 3, 4-12)

            Il insiste: Samuel. «Une troisième fois le Seigneur vint et se tint présent. Il appela comme les autres fois: «Samuel, Samuel! » Samuel dit: «parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». (1S 3,10)

            Il ne se base pas sur des critères habituels: David. « Le Seigneur dit à Samuel: ne considère pas l’apparence ni la haute taille. Les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le Seigneur voit le cœur. Voyant David, le Seigneur dit à Samuel : lève-toi, donne-lui l’onction, c’est lui.» (1S 16, 6-13)

            Il purifie: Isaïe. « Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvre impures ; le Seigneur répondit: ta faute est écartée, ton péché est effacé. Mais qui enverrai -je ?Et je dis : me voici, envoie-moi. »(Is 6, 5-8)

            Il nourrit de sa Parole: Jérémie. «Ah Seigneur, je ne saurai pas parler, je suis trop jeune! Le Seigneur, avançant la main, toucha ma bouche, et il me dit : ainsi je mets mes paroles dans ta bouche ; sache que je te donne aujourd’hui autorité sur les nations et sur les royaumes, pour bâtir et planter.» (Jr 1, 5-10)

            Il invite à l’humilité: Jean-Baptiste. « Il vient, celui qui est plus grand que moi, et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales.» (Lc 3,16)

            Il envoie son esprit de confiance et de force: Joseph et Marie. « Sois sans crainte, Marie, tu as trouvé grâce auprès de Dieu.» (Lc 1, 30) et « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse.» (Mt 1,20)

            Il appelle les pécheurs : Lévi. « En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis à son bureau de publicain. Il lui dit : « Suis-moi. »( Mc 2,13-17)

            Il encourage ceux qui cherchent : les disciples,  Jean, André et Pierre (Jn 1,35-42)

            il appelle les  serviteurs par le Saint-Esprit: « Mettez… à part Barnabas et Saül, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés » (Ac 13:2).

            Dans sa lettre à Timothée, Saint Paul montre clairement que ceux qui croient sont sauvés et appelés : « Dieu qui nous a sauvé et nous a appelé d’un saint appel » (2Tm1,9).Mais si tout vrai croyant connait quelquechose du salut de Dieu, peu entrent dans la joie de l’appel.

            La réponse d’Eli au petit Samuel nous concerne tous, c’est une leçon de prière, le dialogue avec Dieu. Comme le disait saint Jean-Paul II : « Chaque personne a une place dans le projet de Dieu et devrait écouter attentivement la voix de Dieu dans la prière pour découvrir l’appel spécial que nous avons reçu dans le Christ. »

 

Quel appel ?

            L’initiative en vient de Dieu. Saint Jean-Paul II disait : « Le Seigneur dit au prophète Jérémie que sa vocation faisait partie du dessein éternel de Dieu avant même qu’il soit né : « La parole de Dieu me fut adressée : avant de te former dans le sein de ta mère je te connaissais ; avant que tu ne sortes à la lumière, je t’avais consacré, je t’ai établi prophète des nations. » (Jr 1, 4-5) C’est dire que Dieu a un propos pour nous, un projet. L’appel de Dieu est venu à nous dans l’évangile par lequel nous avons été sauvés (2 Tim. 1,9-10), même si nous ne réalisons que faiblement, voire pas du tout, que Dieu nous a appelés.

            L’enjeu de notre vie, ce n’est pas le don de Dieu, puisqu’il est donné de toute façon, c’est la façon avec laquelle nous y répondons. Lors de notre baptême, Dieu, inconditionnellement, s’approche de nous, nous aime, nous appelle par notre nom, nous prend pour ses enfants. Lors de sa confirmation, le futur chrétien affirme qu’il veut répondre à l’appel de Dieu et se prépare à recevoir la grâce sanctifiante qui va lui permettre d’y répondre.

            Bien que nous n’ayons pas tous la même vocation, nous sommes tous désirés par Dieu. Nous ne sommes pas sur terre par hasard. Notre première préoccupation a été le salut pour échapper au jugement de Dieu, et c’est à juste titre que nos âmes ont été remplies de reconnaissance pour ce grand salut. Mais nous n’avons guère réalisé que Dieu avait en vue quelque chose de beaucoup plus grand devant Lui que le salut de nos âmes, qu’Il avait un propos glorieux pour nous, et que c’est en vue de l’accomplissement de ce propos pour sa gloire qu’Il nous appelait.

            Par appel, il ne faut pas entendre simplement l’appel à la vocation sacerdotale ou religieuse. Ce peut être une mission particulière à laquelle le Seigneur nous appelle quelque soit notre état de vie.

            Élie dit que le meilleur moyen de répondre à Dieu est de se déclarer son serviteur, et de lui demander de nous parler.

 

Entendre l’appel

            Le Seigneur peut bien sûr nous appeler même dans des chemins de traverse. Il y a de nombreux exemples de conversion fulgurante pour des hommes ou des femmes qui semblaient très loin de Dieu. Pour le père des croyants, Abraham, la figure type de l’élection Etienne dit devant le Sanhédrin  : Le Dieu de Gloire est apparu à Abraham. Cependant, il y a des circonstances dans lesquelles nous sommes plus à même d’entendre l’appel de Dieu. Samuel a entendu l’appel de Dieu parce qu’il était dans le sanctuaire : Anne, sa mère, l’y avait conduit et Eli prenait soin de lui. De même les apôtres à qui Jean-Baptiste désigne l’Agneau de Dieu étaient en recherche.

            Il ne s’agit pas d’être parfait, mais méfions nous de refermer notre cœur comme Zacharie lorsque l’ange Gabriel lui annonce la naissance de Jean-Baptiste. (Lc 1,18-20).

            Samuel n’est qu’un enfant, il n’est pas considéré à cette époque  comme un être parfait. Dieu se plaît à se manifester dans la faiblesse humaine. Alors que Jérémie disait : « Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! » (Jr 1,6), Dieu lui a répondu : « Ne dis pas : “Je suis un enfant !” Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 7-8)

            Nous ne serons jamais à la hauteur de l’appel que Dieu nous adresse. Ne disons pas trop vite : je ne serai pas capable. Prenons le temps du discernement.

 

Discerner l’appel

            Certes la difficulté est là: il est difficile de reconnaître la voix de Dieu. Le récit sur Samuel met en valeur le rôle de l’intermédiaire dans le discernement, lorsque nous avons du mal à interpréter l’appel de Dieu.

            Samuel n’a pas compris que c’était Dieu qui lui parlait, et le rôle d’Éli est décisif. Il indique à Samuel l’attitude à adopter pour être en mesure d’entendre Dieu lui parler. Dans l’évangile selon saint Jean, c’est Jean-Baptiste qui désigne en Jésus l’Agneau de Dieu. C’est alors que les deux disciples se mettent à suivre Jésus. Puis à son tour, c’est par la parole d’André que Pierre vient à Jésus.

            Le Seigneur se plait à passer par des intermédiaires qui vont se mettre au service d’une relation avec Dieu. Loin d’en être un passage obligé, ils ne s’imposent pas afin de laisser la personne répondre à Dieu et se contentent de l’aider à entendre Dieu. Un conseil parfois comme celui d’Eli : « Retourne te coucher, et si l’on t’appelle, tu diras : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Ou un effacement, comme Jean-Baptiste : « Il faut qu’il croisse et que je diminue.» (Jn3,30)

            C’est aussi notre rôle dans l’Eglise, dans notre communauté paroissiale responsable des uns et des autres, que de savoir être l’intermédiaire qui éveille et d’apprend à être attentif à l’appel de Dieu.

 

Le serviteur répond à l’appel

            C’est notre disponibilité, dont le « Me voici » de Samuel est l’expression, que Dieu attend de nous. Elle apparaît aussi dans l’attitude des disciples qui pourtant avaient un métier. De cette disponibilité découle la fécondité du ministère : « Samuel grandit, le Seigneur était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet. » (1S 3,19)

            Nous sommes donc incités à être des serviteurs, à rebours de nos tendances humaines de volonté de puissance.  « Parmi vous, il n’en sera pas de même, le plus grand ce sera votre serviteur. » ( Mt 23,11 ; Mt 23,10 ; Mt 20,26 ; Mc 9,35 ; Lc 22,26) Dieu ne veut pas faire tout seul, il nous demande d’agir dans le monde.  Et lorsque Jésus nous parle d’être serviteurs les uns des autres, il ajoute : « Vous serez heureux si vous savez cela, pourvu que vous le mettiez en pratique. » Jn 13,17.

            Serviteur et heureux, ce n’est pas un paradoxe.

            Celui qui pense que Dieu, l’Eglise ou les autres doivent se mettre à son service est condamné à être perpétuellement malheureux, frustré et déçu. La communauté dans laquelle vous êtes ne correspondra jamais à la vision personnelle de chacun des paroissiens.  Et ce n’est pas à l’Église de se mettre à votre service, mais à vous de vous mettre à son service. En attendant d’être servi indéfiniment, certains pourraient penser que même Dieu, pourraient ne pas leur donner tout ce qu’ils attendent. Dieu aime que nous accueillions comme grâce ce que nous recevons.

            Quand au serviteur qui a répondu à l’appel du Christ, personne ne lui doit de remerciements, ni l’Église, ni les autres, ni Dieu, c’est le « serviteur inutile » de la parabole en Lc17,7-10 :

«Qui de vous, s’il a un serviteur qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs : Viens tout de suite te mettre à table? Ne lui dira–t–il pas au contraire : Prépare–moi le repas, mets–toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi, tu mangeras et boiras. Aura–t–il de la reconnaissance envers ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui était ordonné ?Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. »

Qu’il considère sa relation à Dieu et établisse au fond de son cœur le sentiment d’humilité. Jésus ne dit pas « Vous êtes des serviteurs inutiles. » , mais « Dites : nous sommes des serviteurs inutiles. »

           

Le premier des serviteurs

            Qui fut en fait le premier serviteur inutile, le premier à revêtir lui-même volontairement cette attitude du serviteur inutile ? C’est Jésus, bien sûr! Lui qui, « de condition divine, ne revendiqua pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux homme. »(Ph 2, 6-7). Le voilà, le modèle du serviteur inutile, celui que nous sommes appelés à imiter. Il s’est d’ailleurs lui-même présenté comme le premier serviteur, ou plutôt, comme le premier maître qui, à l’encontre de toute logique humaine, s’est fait le serviteur des esclaves, pour que les esclaves deviennent ses frères : «  Heureux ces serviteurs que le maître à son retour trouvera fidèles à veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira » (Lc 12, 35-37). Oui, c’est Jésus, lui, le maître véritable, le fils parfait, qui s’est fait serviteur : serviteur du dessein d’amour de son Père, serviteur de notre guérison et de notre relèvement. .

 

Parle Seigneur, ton serviteur écoute

Cinq mots pour tout un programme :

PARLE : La parole, si importante dans la théologie chrétienne où le Verbe s’est fait chair. La spritualité chrétienne nous apprend à ouvrir nos oreilles et notre esprit pour entendre Dieu afin de ne pas être ceux « dont le cœur et les oreilles sont fermés » (Ac7,51)

SEIGNEUR : « et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. » ( Ph 2, 11),  voilà la confession de foi, demandée au chrétien, le Seigneur qui commande, qui protège et que je veux servir.

TON : Dieu est mon Seigneur et je suis en relation personnelle avec lui, je suis son serviteur.

SERVITEUR : A l’image de Jésus le premier des serviteurs.

ECOUTE : les autres, le silence, la Nature, Dieu enfin pour ne pas se lamenter comme le psalmiste « Et moi, je suis comme  un sourd, je n’entends pas » (Ps 38,13)

 

Alors l’appel de Dieu devient si grand que nous dirons avec saint Paul : « Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, je m’élance vers  le but, en vue du prix attaché à l’appel d’en haut que Dieu nous adresse en Jésus Christ. » (Ph 3:14)

 

Claire L.

Sources : Scripture truth magazine, serviteurs.org, Père Alain-Noël Gentil

 

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